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LE RÔLE DU MAL SUR TERRE

Dernière mise à jour : 3 mars 2023



Dans l’époque débridée que nous traversons actuellement, force est de constater qu’il semble assez pénible et laborieux pour certains de situer avec justesse la pertinence et la légitimité du rôle du mal sur Terre.

Par cet article, il ne sera naturellement en rien question de souscrire à ce que l’ombre et la mal peuvent induire, mais simplement à prendre conscience de la réalité ontologique de ce pôle existentiel. Il importe de ne plus le rejeter en le condamnant, ce qui ne manque jamais d’induire l’effet pernicieux de le renforcer, en nous laissant divisés face aux peines et aux souffrances qu’il assène au monde et à nos contemporains.


Car souffrir excessivement par empathie face aux mauvaises œuvres, revient à rajouter de l’huile sur le feu.

« Il est nécessaire de reconnaître sa propre ombre et ses machinations obscures. Si nous étions capables de voir notre ombre, nous serions immunisés contre l’infection morale et mentale et contre la dégradation1. »

Notez que qu’il y a du bien et du mal dans l’ombre et dans la lumière. Résumer l’ombre au mal et la lumière au bien est un raccourci réducteur que nous nous garderons bien de prendre. Il s’agir là de la quadrature du cercle.


Plus précisément, l’ombre est ce qui est échappe à notre conscience, qui vit dans l’angle mort de nos considérations. Privés de la lumière de notre conscience, ces contenus peuvent abonder et nous malmener à notre insu.

Nous prendrons ici le temps d’évoquer ce qu’est l’ombre, à savoir le réceptacle, l’endroit où se terre la plupart du temps ce que nous pourrons qualifier de mal. Une fois ces contenus conscientisés, le mal contenu dans l’ombre pourra devenir lumière, en entrant dans le champ de notre conscience. On peut donc dire que cette ombre est de la lumière en devenir. Ce travail de conscientisation fut qualifié autrefois par Carl Gustav Jung d’alchimie spirituelle.

Il est question de l’inconscient et de son rôle capital dans notre destinée. Il s’agit d’emblée ici d’une réalité largement attestée en psychologie et en psychanalyse, qu’elle soit jungienne, lacanienne ou freudienne.

Démonstration que la physique quantique a également scientifiquement récemment validée en attestant que la majorité de l’univers est composée de matière noire et d’énergie noire.



Ne pas reconnaître le mal pour ce qu’il est, revient ainsi à rester dans le déni du mal en nous, de l’ombre qui resquille.

Car vous n’êtes peut-être pas sans savoir que l’univers et le monde tels que nous les connaissons réagissent comme une réalité holographique, ce qui est en nous trouve écho dans notre environnement.

Pareillement, ce que l’on admire ou déteste chez autrui siège également en nous.

Il s’agit également là d’un des fondamentaux initiatiques les plus connus :


« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux. » écrit sur le fronton du temple de Delphes.

Voir l’ombre, la reconnaître à l’extérieur de soi et en soi, sans jugement et avec bienveillance, est une nécessité capitale pour qui souhaite devenir meilleur et se réaliser sur le chemin spirituel.

Car camper le déni de son rôle, de sa légitimité dans le cours de l’histoire du monde revient à rejeter une part de la création par jugement, sentiment d’inimitié, et donc intolérance.


Je prends d'ailleurs régulièrement la peine de dénoncer les mensonges illusoires du new age.


En l’occurrence, ce dernier s’attelle à nous marteler que nous sommes des êtres de lumière, sans jamais prendre vraiment la peine de nous présenter l’autre versant de cette réalité ontologique.


Connaissez-vous seulement des personnes qui soient des anges, et uniquement cela, toujours bienveillants et lumineux ?


« Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre. Mais il est très avantageux de lui représenter l’un et l’autre. » Pascal

Il ne suffit pas de détourner le regard de ce qui nous déplaît pour s’en défaire. Car autrement le déni ferait bien des heureux.

Renier le mal engendre pour conséquence de nous laisser divisés, dissociés, en proie au conflit et à la discorde.


Il devient alors nécessaire de comprendre l’utilité du mal, sa fonction, son rôle.

Pour ne plus camper un jugement, une préférence égotique duale et illusoire, un sentiment qui fantasmerait un monde dont le mal serait absent.

À quoi ressemblerait un film sans méchant à combattre ? Un roman sans intrigue, sans menace ni péril, sans suspens ? À une vie sans son sel ? À une existence sans incertitude ?

Dans son livre, Bernard de la Vayssière2 exhorte à nous méfier de tout idéalisme en dépeignant le paradoxe du mal : un excès de mal peut devenir un bien, comme inversement, un excès de bien peut devenir un mal.


Telle est la face obscure de l’idéalisme, nous éloigner dangereusement de la réalité, en nous enfermant dans des chimères réductrices astreignant notre âme et notre conscience.

Il n’y a qu’en y posant un regard conscient et objectif que l’on peut espérer conjurer le mal.


Car autrement, il suffirait de haïr notre ennemi pour le vaincre. Il suffirait de se faire violence quand nous pensons être dans notre bon droit pour trouver notre salut. Il suffirait d’honorer la mensongère loi du talion pour se faire justice, en se substituant aux instances dédiées, que certains nomment karma.


L’ombre revêt une nécessité incontournable. Quand bien même elle est désagréable, gardons-nous de la détester, de la nourrir aveuglément et dangereusement, pour nous préserver du feu qui pourrait nous dévorer.

Tous les peuples archaïques, dits primitifs, connaissaient le rôle du mal et son utilité, sa fonction initiatique comme la qualifiait Mircea Eliade.


Il est celui qui nous pousse dans nos retranchements comme nul autre, nous obligeant à puiser dans nos ressources, à manifester un potentiel que l’on ne soupçonnait pas. Car sans poison, il ne pourrait y avoir de remède. Sans ombre, il ne pourrait y avoir de lumière. Sans nuit, le jour n’aurait aucune vertu. Sans hiver, l’été ne serait pas autant apprécié.

Contrairement à ce que certains de nos contemporains pensent, nos aïeux nous ont laissé un immense héritage de sagesse en ce sens.

Que ce soit dans les contes, les légendes, les mythes, les textes sacrés, les références au mal et à l’ombre, au monde chthonien, ténébreux, souterrain et infernal y sont légion.


Car comme vous pourrez le constater dans la vidéo d’Eric Berrut3 en lien ci dessous, Hadès maître des enfers était également appelé le riche, principe indivisible de l’invisibilité. Ce qui désigne parfaitement les pouvoirs psychiques et magiques, agissant parce qu’ils œuvrent dans le secret, cachés aux yeux de tous. Ce qui pourrait étrangement et parfaitement convenir aussi pour établir une autre définition de l’inconscient.

Certains pourraient prétexter la réserve d’appréhender les mythes avec précaution, dans la mesure où ils pourraient l’interpréter dans le sens du mot mythomanie.

Pourtant et étymologiquement, « mythe » vient de muthos, qui, dans la langue grecque de l’époque, désignait jadis un énoncé considéré comme vrai.

Muthos et logos (« raison ») restaient synonymes tant que les propos qu'ils qualifient étaient échangés entre des personnes du même monde politique et culturel. Autrement dit, les initiés se comprenaient et parlaient un même langage de sens tant que leurs propos n’atteignaient pas l’oreille profane.

Que ce soit un dragon, un serpent, des plaies diverses comme des catastrophes, des drames et des tragédies, la survenance d’événements fâcheux et contrariants a toujours été.

Que ce soit en alchimie, en hermétisme, en astrologie, dans la gnose, dans la kabbale, dans le soufisme, dans le chamanisme, dans le Tao, dans le Rig-Veda, les Upanishad….

A l’image d’Isis qui relâcha Typhon une fois vaincu, ne voulant ainsi pas d’une perpétuelle harmonie, où le bien triompherait toujours. Elle désirait ainsi au contraire qu’il y ait un éternel conflit entre les puissances créatrices et les puissances de destruction4.

Ce fameux point de frictionnement illustré par le Tao avec le Yin et le Yang, ou encore entre l’eau et le feu, la Terre et le Ciel…. Les analogies en ce sens sont innombrables. Ou enfin, entre l’ombre et la lumière.


Sauf qu’aujourd’hui hélas, toute cette sagesse est tombée dans l’oubli. On assiste incrédules et impuissants à l’écroulement de notre civilisation. Ne sachant quoi faire, quelle attitude adopter ? La tentation de renier la mal de manière profane et amnésique se faisant grande.

Orphelins de nos pères spirituels, de l’héritage des anciens, il est plus que jamais temps de renouer avec la tradition et ses enseignements.

Car accepter l’ombre et le mal pour ce qu’ils sont, un mal nécessaire, ne plus camper le déni de ces réalités, nous permet en vérité d’épouser au mieux le rythme sacré de la nature.

« Du mal il est sorti pour moi beaucoup de bien. En demeurant calme, en ne réprimant rien, en acceptant la réalité telle qu’elle est, non telle que je voulais qu’elle soit, il m’est venu des connaissances singulières et des pouvoirs singuliers... Désormais je jouerai donc le jeu de la vie en acceptant ce que la journée et l’existence m’apportent à tout moment, en bien et mal, soleil et ombre, qui alternent d’ailleurs constamment, et, en même temps, j’accepte aussi mon être propre avec tout ce qu’il a de positif et de négatif, et tout devient plus vivant. Que j’étais donc sotte, conclut-elle, et comme je voulais obliger toutes choses à aller à mon idée. » Lettre d’une ancienne patiente de C.G Jung



Didier



Pour aller plus loin :



1 C.G. Jung - Essai d’exploration de l’inconscient - L’Homme et ses symboles


2 Les énergies du mal en psychothérapie jungienne – Bernard de la Vayssière



4 Les mystères de la femme – Esther Harding


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