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  • Didier Steimer

L’AYAHUASCA

Dernière mise à jour : 5 janv.

La spiritualité est souvent affublée de bien des clichés. La subjectivité de chacun forge ainsi un avis, alors même que l’expérience est souvent demeurée interdite jusque-là.

La prise d’ayahuasca est probablement une des expériences spirituelles les plus puissantes qui puissent exister. Tâchons d’en esquisser ici quelques traits…

Avant tout développement, il est à préciser que toute consommation de produits psychotropes est illicite et peut s’avérer dangereuse, et ce particulièrement quand l’état psychique du sujet s’avère instable.

En effet, les produits psychotropes réduisent la frontière avec le monde invisible des esprits, la conscience se retrouvant ainsi plus exposée aux influences du bas astral. Autant dire que si la personne n’est pas préparée, cela peut augurer du pire plutôt que du meilleur. Pour rappel, la loi française classe l’ayahuasca comme produit stupéfiant.

C’est au début de l’année 2020 que j’eus l’occasion de découvrir ce breuvage millénaire. Dans l’avion pour Bogota, je dévorais impatiemment l’excellent serpent cosmique de Jérémy Narby pour me plonger dans ce monde inconnu qui titillait mon esprit aventureux depuis un moment déjà.

C’est par le biais d’un ami chaman, qui avait ses points de chute là-bas, que je pu vivre cette expérience mémorable.

Notre petit groupe de 8 personnes se retrouvait ainsi astreint à une diète stricte une semaine avant.

Pas de chaire animale, pas d’alcool, pas d’épice, pas de sel, pas de gras, pas de sucre, pas de sexe…. La liste des restrictions était conséquente et pour cause : avant la prise d’ayahuasca, le corps doit s’affranchir de toute substance et addiction qui pourrait entraver ses effets.

L’ayahuasca (également appelée yagé) résulte essentiellement de l’association de deux plantes (même s’il existe des variantes de recette) : des feuilles de l’arbuste Psychotria viridis (chacruna) ainsi que des tiges de la vigne Banisteriopsis caapi. La première est riche en DMT (N-diméthyltryptamine) , principe hallucinatoire actif, la seconde permet d’empêcher la dégradation du principe actif psychotrope par le système digestif.

Ce breuvage ancestral est ainsi préparé en le faisant bouillir plusieurs heures, ce qui est la forme la plus répandue. Il est a relever qu’à l’instar de l’alchimie, il existe en marge de cette voie sèche, une voie humide consistant en une infusion des deux mêmes plantes.

Illustration : Cosmologia Espiritual – Pablo Amaringo


Leur association particulière demeure encore un mystère aujourd’hui pour les occidentaux. Il était statistiquement quasiment impossible de trouver ce duo magique parmi la multitude de plantes qu’offre la jungle sud-américaine.

Tous les remèdes sont dans la nature. Les vertus curatives des plantes pour soigner toute sorte de maux sont innombrables et incontestablement reconnues. A tel point que les laboratoires occidentaux ont toujours rêvé de dérober les secrets de la Nature pour en faire commerce. Les hommes médecines livrent ainsi que ce savoir des plantes médicinales leur est enseigné par la plante elle-même durant les transes hallucinatoires.

L’ayahuasca a ainsi été consommée depuis les temps les plus reculés, que ce soit à des fins thérapeutiques, spirituelles, ou divinatoires… Il faut souvent une vingtaine d’années pour bien maîtriser l’élaboration et l’administration de cette mixture. Les bons ayahuasqueros (initiés à l’ayahuasca) sont donc rares.

Naturellement, certaines âmes peu scrupuleuses choisissent d’en faire un juteux business au dépend de la vie et de la santé psychique de touristes en recherche de sensation forte.

Autant dire qu’il faut particulièrement se méfier si vous n’êtes pas sûrs de la probité irréprochable de celui qui pourrait vous proposer de vivre une telle expérience.

La cérémonie de prise de yagé se fait dans la soirée, pour généralement finir à l’aube. Après un déjeuner frugal, notre petite troupe était prête pour vivre cette expérience hors du commun.

La première des trois prises programmées durant la semaine eut lieu un lundi soir.

Cette soirée chamanique commença par un tour de parole. Ensuite le chaman usa de la sagesse de son verbe pour achever la préparation et dissiper les craintes qui pourraient se larver ici et là.

D’autres produits fournit par Dame Nature accompagnèrent le rituel comme le rapé (mélange de coca et de tabac à priser, propulsé dans les narines par une petite sarbacane) qui aide à expulser le mucus et les parasites des sinus frontaux et nasaux, ainsi que calmer le mental et le dialogue intérieur. Ou encore l’ambil (produit de la décoction de feuilles de tabac et de sel), pâte amère qui est conservée dans la bouche où elle se délite lentement en prodiguant ses vertus.

A dire vrai, comme le stipule Narby dans son œuvre, il s’agit d’une association trinitaire : le tabac représente le père, l’ayahuasca la mère, et la coca le fils. Autant de substances sacrées avant que l’homme occidental y assène le fruit inquisiteur de sa subjectivité.

Illustration : Gran Templo de los Maestros – Pablo Amaringo


Ce fut peu après 21 heures que chacun d’entre nous avala une bonne gorgée de cette mixture amère si particulière.

Pour certains, les premiers effets se firent ressentir une petite heure après. Alors que d’autres, comme votre modeste serviteur, rempilèrent pour permettre à l’ayahuasca de pleinement se manifester.

S’il y a bien un désagrément qui caractérise le voyage chamanique, c’est la nausée.

Les vomissements aussi, naturellement. Sauf que nous ne sommes pas tous égaux.

J’ai ce souvenir compatissant pour l’un de nos compagnons de fortune qui fut pris de vomissements réguliers durant plusieurs heures (entre 3 et 4 de mémoire), tant il en avait sous le tapis de sa conscience.

Sans surprise donc, aidé notamment par le tabac, les nausées ne tardèrent pas à venir accompagner un périple plein de surprises. Les chants du chaman activaient étrangement les effets de la plante dans le groupe.

Certains connaissaient quelques épisodes de bien-être quand d’autres souffraient autrement plus conséquemment. Le feu au centre de la maloca, la hutte traditionnelle, apportait un soutien de taille dans cette épreuve qui ne ressemblait en rien à un voyage au pays des merveilles.

Un chaman ne vous demandera pas si vous avez eu des visions (pinta), mais si vous avez eu des vomissements, qui sont les symptômes physiques d’une libération s’opérant sur tous les plans.

Comme l’indique la trame psychosomatique, le corps physique et l’âme interagissent foncièrement.

En somme, plus vous êtes malades, plus la purification est grande et mieux c’est.

Les premières hallucinations arrivèrent un peu plus tard, entre 2 et 3 heures du matin. Le serpent cosmique se présenta sous mon regard stupéfait pour défiler inlassablement durant plusieurs heures.

En mouvance perpétuelle, cette danse fascinante représentait bien des choses.

L’alliance entre les règnes, végétal, minéral, animal, la Vie dans sa plus simple et manifeste représentation, un grouillement incessant, inépuisable et majestueux.

Illustration : Mareacion de Príncipes – Pablo Amaringo


Cette danse perpétuelle reptilienne est également associée aux brins d’ADN. L’infiniment petit se projetant sur l’écran de la conscience.

Des visages, pas vraiment bienveillants, se présentaient quelques fois à moi, essayant ainsi de me déstabiliser.

Les couleurs n’étaient pas toujours présentes. Il faut préciser que ma capacité de visualisation a toujours été plutôt réduite, me laissant entrevoir quelques rares fois, des formes ou couleurs.

Alors que durant ce voyage chamanique, les mouvements du serpent se présentèrent assez rapidement à moi. D’abord d’une manière monochromatique, pour ensuite et par moment évoluer dans de belles couleurs, vives et intenses.

Au plus fort, des symboles ésotériques et magiques apparaissaient.

Par moment quand j’ouvrais les yeux, la trame énergétique de l’univers se superposait de manière saisissante au décor terrestre. Un peu comme dans le film Matrix pour reprendre l’image et le cliché.

Cela restera probablement le plus beau spectacle mystique auquel j’ai pu assister (d’autant plus que les deux prises qui suivirent dans la semaine ne furent pas aussi démonstratives).

La transe se finit au petit matin. Epuisés et transfigurés, nous nous restaurâmes avec des fruits frais.


Illustration : Jaguar-Family – Pablo Amaringo


Les bénéfices pour chacun furent divers et variés.

Pour l’une, le contact avec son défunt grand-père lui apporta la paix de l’avoir vu partir, pour un autre, une profonde libération du sentiment de culpabilité de voir sa fille malade. Pour un troisième, celui qui régurgita le plus, un grand nettoyage de quantité de mémoires et de poids qu’il traînait inconsciemment (d’après ses mots, il eut la sensation de vomir 1000 démons).

L’ayahuasca représente la pierre angulaire de la culture chamanique aborigène.

L’ancestralité de sa sagesse est impressionnante, voire écrasante, et pousse à une profonde et respectueuse révérence. Je tenais à humblement relater cette expérience, tant les commentaires abondent sur ce sujet mystérieux et sacré.

J’espère que ce petit billet vous aura inspiré. Les chants du chaman raisonnent encore quelque part au fond de moi, je vous propose de vous laisser submerger, d'entrer en transe, et ressentir un peu plus encore l’ivresse mystique de ce voyage.


Didier



https://www.youtube.com/watch?v=w7FAwY5S1_Y&t=1691s



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